Pour ce voyage dans le temps, nous nous appuyons sur la parole de la philosophe Isabelle Stengers[i], dans sa préface de « L’école mutuelle, une pédagogie trop efficace ? »[ii]. Cet ouvrage nous plonge aux sources d’une « hypothèse refusée, une piste bloquée, celle qu’ouvrit l’école mutuelle sous la France de la Restauration »
Qu’était-ce donc que l’école mutuelle ?
« L’école mutuelle (…) confiait à des enfants l’éminente responsabilité d’avoir à apprendre à d’autres enfants. (…) Le principe même de fonctionnement de l’école mutuelle [était] que ceux qui avaient compris quelque chose aient pour tâche de le faire comprendre à d’autres ».
Mise en place pour instruire de façon économique un grand nombre d’enfants, l’école mutuelle, au-delà d’assurer un « apprentissage efficace des savoirs » prévus tels que lire, écrire, compter, obtint des résultats imprévus… et non souhaités, qui furent semble t’il à l’origine de sa fermeture. Elle apprit aux enfants à « avoir confiance en eux-mêmes et en leurs camarades (…), la capacité de poser des questions, de dire qu’on n’a pas compris et surtout de revendiquer le droit de comprendre ».
L’école mutuelle se fonde sur des postulats
Isabelle Stengers explique la réussite de l’école mutuelle par trois postulats :
- Tout d’abord un postulat de réciprocité : « apprendre fonctionne toujours dans les deux sens, car seul celui ou celle qui a appris à quelqu’un d’autre sait qu’il sait, et cela d’un savoir dont nul ne pourra le déposséder ».
- Un postulat de méthode ensuite, car il n’y a pas d’automaticité entre « la compétence vérifiable » et « la manière dont elle a été acquise ».
- Un postulat d’activation des savoirs fluidifié et dynamisé enfin : « Lorsque l’enseignement est mutuel, « l’enfant » n’est pas au centre, ni « le savoir » d’ailleurs, parce qu’il n’y a pas de centre, ou bien alors parce que le centre est partout ». En effet, « L’hétérogénéité implique une (ré)appropriation qui seule permet à un savoir de « tenir » face à l’épreuve » des faits. »
L’école mutuelle ouvre des perspectives
Isabelle Stengers ouvre des pistes utiles à la gestion de l’apprentissage :
- Qui peut apprendre ? L’apprentissage étant un processus multidirectionnel « le droit d’enseigner une compétence devrait être tout aussi reconnu que celui de la parole ».
- Qu’est ce qui est à apprendre ? Les acquis décrits comme une des réussites de l’école mutuelle sont indispensables pour faire face au « monde en réseau que prépare la Toile », monde qui « se préoccupe fort peu du type d’appétit, de force, de confiance en soi et dans les autres qu’il réclame ».
- Quelle est l’intensité des enjeux en présence ? On peut « comparer de ce point de vue la mutation des régimes de savoir et de transmission qui semble se préparer aujourd’hui à celle qui a suivi l’invention de l’imprimerie », le livre ayant par exemple permis de passer de l’enseignement individuel à l’enseignement collectif et simultané.
Pour accompagner la transition sociétale et répondre aux grands enjeux de notre temps comme le changement climatique, les membres de Oui Ensemble partagent leurs connaissances et leurs expériences mutuelles avec tous ceux qui raisonnent avec solidarité, esprit d'équipe, proximité....
[i] « ►Isabelle Stengers, née en 1949 à Bruxelles, est une philosophe et scientifique belge, spécialiste de la philosophie des sciences…. »
[ii] Anne Querrien, L’école mutuelle, une pédagogie trop efficace ? Les empêcheurs de penser en rond, Le Seuil, 2005, Paris